Les citoyens d'Aukbê, les templiers et les commerçants, appréciaient autrefois sa compagnie, mais aujourd'hui, tout le monde le fuyait.

Comment aurait il pu faire autrement ? Il était tombé gravement malade juste avant le départ de son père avec l’étranger, empoisonné par les harpies du nord. La folie lui avait rongé la tète et il avait battu sa femme à mort, sans même en être conscient. Le grand prêtre et ses conciles ne l'avaient pas jugé responsable, mais toute la population ne pouvait plus le regarder du même œil. Et que dire de ce sentiment profond de culpabilité !

Ce matin, Edrick semblait moins affligé. Il était monté sur le versant qui offre une vue imprenable sur toute la vallée d'Aukbê, jusqu’à la cité du temple, Port Arsenal pour les humains. C’était interdit de monter ici. Ce lieu de prière et de méditation était réservé aux prêtres de haut rang.

Mais qui pouvait le lui interdire aujourd'hui ? Son père et ses acolytes n’était pas encore revenu de leur périple. Tout le monde savait que le réveil du dragon pouvait prendre la vie des gardiens, et personne ne s'attendait vraiment à leur retour, Edrick mis à part.

Il avait passé sa vie ici, à forger à toutes heures, passionnément et avec force, et courage. Depuis la mort de sa femme, deux longues années avaient passé. Deux années à travailler comme une bête, dans les mines de diamant, dans le transport des roches ou dans la taille des pierres. Edrick était devenu un duergar puissant, dont les enfant parlaient comme d'un monstre.

Le travail avait sauvé son esprit, sans lui, il serait devenu fou. Mais il ne travaillait pas seulement pour oublier ou pour se punir, son labeur lui permettait de ne pas croiser le regard de ses concitoyens. Longtemps après la tombée de la nuit, il retournait dans sa forge pour y travailler encore et encore, essayer ses somptueuses armes, fignoler ses armures rutilantes et ses mécanismes indispensables au peuple d'Aukbê.

Cela faisait plus de deux ans qu'il n'avait pas participer à un petit tournoi, ou simplement croiser le fer avec un adversaire. Les temps anciens lui manquaient. Dans le vent qui se levait à nouveau, il se mit à pleurer.

Le regard perdu à l'horizon, des larmes sèches sur son visage brulé par le labeur, une idée folle germa sous son crane.

Partir...

Il se jeta du haut de la falaise et glissa dans le pierrier comme une feuille dans le vent.
Son esprit s’allégeait déjà.

Toutes ces pensées allaient à sa femme depuis des années mais cette fois il se laissa aller à de la nostalgie. Son âme s’empourpra, il n’avait pas le droit au bonheur sous son casque. Il se frappa le torse et gémit à nouveau de tristesse. Ivre de colère envers lui-même, envers les hauts prêtres et leur devoir de secret, envers les hommes et leur soif de réponses, il chuta de nombreuse fois, son corps craqua sous les assauts de la montagne. Il s’écroula enfin au pied du gardien ; l’énorme statut de pierre ocre, gardien du temple d’Aukbê, le regarda plusieurs heures bruler au soleil.

La vallée d’Aukbê était radieuse, une petite bruine matinale avait tout d’abord rafraichi l’herbe tendre puis le soleil avait asséché comme à son habitude, la combe.

Quelques touffes résistaient encore, à l’ombre des milliers de colonnes de pierre, qui peuplaient la vallée.

Edrick reprit connaissance. Il réfléchit à son idée de partir. Il était convaincu qu’il devait quitter Aukbê mais Il ne savait où aller, sans connaissance sur ce monde et inconnu de celui-ci.
Ses pensées furent très vite balayées par l'immense ombre qui surgit dans le ciel; c'est a ce moment qu Edrick s’aperçut du vacarme qui abasourdissait la vallée. C'étaient des clameurs de guerre assurément : des chants, le fracas des épées, les cris des mourants... Edrick gravit quelques marches d'une des anciennes habitations, pour se trouver un meilleur point de vue. Le spectacle était édifiant : un immense dôme de lumière, qui semblait indestructible, se tenait devant la cite du temple. Et dans le ciel, nageait toujours cette glorieuse ombre qu'il n'osait regarder. Ce spectacle ne présageait rien de bon pour la vallée.

C'est à cet instant qu'il sut. Edrick, s'elanca pour interdire à cette folle magie, l’accès au temple des dragons; et si l'ombre était la grande Zakaross, alors il n'avait pas une seconde à perdre, car son réveil annonçait la fin de la retraite des Duergars d'Aukbê. Meme dans sa course juste, Edrick eut une nouvelle pensée mélancolique, tout de suite balayé par une pensée d'espoir :

" la solitude ne me pèsera plus. Elle sera fertile. J’écrirai ma vie, car quand on a personne à qui exposer ses pensées, l'encre est un monde créatif, couché sur ce confident précieux qu'est le parchemin ".